LaChaleurVictorJestinUn soir de canicule dans un camping 3 étoiles des Landes, Léonard, un adolescent mal dans sa peau, se tient à l’écart de la fête et de la joie. Il assiste sans réagir à la mort d’Oscar, un autre jeune, étranglé ivre par les cordes d’une balançoire. Léonard décide sans raison d’aller enterrer le corps dans la plage.

 Le récit est celui de la journée du lendemain, sa dernière au camping, la plus chaude de l’été entre culpabilité, silence, états d’âmes, réflexions, rejet des amusements factices et imposés et surtout, premier émoi amoureux, Luce. Léonard va-t-il se dénoncer ? Le corps sera-t-il découvert ? Peut-on s’amuser, discuter, flirter lorsque l’on sait qu’un corps git sous la plage à cause de nous ? Une existence peut-elle être oublié par tous ?

  Le récit s’inscrit dans une unité de temps (un peu plus d’une journée), de lieu (le camping) et d’action (tour et détours entre camping et plages). L’écriture est sèche, nerveuse par phrases courtes et percutantes. Le style retranscrit ainsi bien l’atmosphère étouffante et enfiévré du camping, les malaises de Léonard, l’oubli des individus dans une masse uniforme de vacanciers, l’injonction permanente au bonheur et au plaisir et distille le suspense sur l’issue de cette journée.

  Un premier roman efficace et prometteur de Victor Jestin, 25 ans.

TuSerasUnHomme  Un professeur de lettres, Victor Lambert, raconte à son fils en janvier 1941 devant Westminster son histoire personnelle avec son auteur fétiche, Rudyard Kipling, rencontré par hasard en mars 1914. Lambert souhaite connaître l’homme derrière l’écrivain et lui soumettre la plus fidèle traduction possible du poème If, qui l’obsède de nombreuses années. Il se rapproche aussi du fils de l’écrivain adulé avant le départ pour la guerre et le décès de celui-ci dans le Nord de la France en 1916.

  Par l’intermédiaire de Lambert, P. Assouline nous raconte la douleur silencieuse d’un père, Kipling, rongé par la culpabilité d’avoir entraîné son fils vers les armes, l’obscurité qui l’atteint lui, son œuvre et son idéal. Il nous peint un homme hors du commun, entier, individualiste, exigeant, engagé dans la vie de son temps et de son pays, aux convictions affirmées (conservateur, défenseur de l’Empire britannique, francophile absolu, germanophobe sans concession, antisémite notoire), fuyant la célébrité.

  Le sens du devoir, l’honneur, le don d’un fils sont les thèmes majeurs.  La guerre, l’horreur de l’avant et l’attente mortifère de l’arrière et surtout le deuil d’un fils et d’une génération sans dépouille sont bien décrits et racontés. C’est enfin un beau plaidoyer sur l’acte d’écrire et de traduire, la musique des mots, et à ce qu’un texte dit de nous, ici If, si prémonitoire…

 

  Bolloorma mène une existence nomade dans les steppes de Mongolie. Avec sa famille, elle élève des chèvres cachemire dont la fourrure est très prisée. Malheureusement, leur troupeau subit les conséquences du réchauffement climatique. La famille est contrainte de tout quitter pour s’installer en ville. Avant de partir, Bolloorma confectionne dans la plus pure tradition un pull cachemire d’un rouge incomparable qu’elle vend sur un marché à Alessandra, une Italienne propriétaire d’un magasin de luxe en Toscane. Celle-ci remarque l’exceptionnelle qualité de ce produit et s’intéresse au savoir-faire de Bolloorma. Touchée par l’histoire de la jeune fille, Alessandra lui laisse sa carte de visite en lui promettant de l’aider si un jour elle gagne l’Italie...  Bolloorma s’accroche à ce morceau de papier comme à un rêve…

  De la Mongolie à l’Italie, il y a un monde que l’héroïne va tenter de traverser aux côtés de son amie XiaoLi. Si la Mongolie nous évoque de magnifiques paysages et un art de vivre ancestral, on mesure dans ce roman l’impact du réchauffement climatique sur ce pays. L’auteur décrit la mainmise de la Chine sur la production du cachemire et l’exploitation des ouvriers dans les usines.   Dans ces conditions, l’exil semble être la seule solution. Un rêve que les passeurs ne manquent pas de faire miroiter à des candidats qui n’ont plus rien à perdre. Bolloorma parviendra-t-elle à changer son destin ? Un roman fort et plein d’espoir.

Camille, avocate, se voit confier une affaire inhabituelle : identifier le propriétaire du Baiser une statue du sculpteur Brancusi, scellée sur la tombe d'une inconnue au cimetière du Montparnasse. Camille part sur les traces d'une jeune exilée russe ayant trouvé refuge à Paris en 1910. Elle veut élucider les raisons de la mort de la jeune femme qui partagea la vie de bohème du sculpteur roumain.
Pendant près d’un siècle, la tombe de Tatianna n’a suscité d’intérêt que pour les promeneurs romantiques du cimetière Montparnasse, mais depuis quelques années son charme tranquille est rompu et la poésie a cédé la place aux intérêts. Le baiser de Brancusi est définitivement une affaire de passions et offre une matière romanesque dont Sophie Brocas a su tirer parti avec brio. En entremêlant à un siècle d’intervalle le destin de Tatianna et de Camille, l’auteur signe une réflexion intéressante sur le droit moral lié aux œuvres d’art et un beau roman féministe.